Togo : la contestation gagne tout le pays

Safari - 24/06/2012
Image:Togo : la contestation gagne tout le pays

la révolte populaire atteint l’intérieur du pays
Après Lomé : Tsévié, Atakpamé, Sokodé, Kara, ...

Le mouvement de contestation du pouvoir de Faure Gnassingbé commencé le 12 juin dernier a atteint plusieurs villes de l’intérieur du Togo, ce petit pays de l’Afrique de l’ouest, kléptocratie françafricaine dirrigée depuis 1967 par Gnassingbé Eyadema [pendant 38 ans !] avant d’être présidée par son fils, Faure Gnassingbé, en 2005.

Faure Gnassingbé sera « réélu » en 2010, lors d’élections dénoncées par l’Union Européenne - qui les finançait - dont les observateurs auront constaté de nombreuses irrégularités.

Le mouvement de contestation du pouvoir de Faure Gnassingbé, initié début juin à Lomé, la capitale, s’est propagé dans tout le pays : seules réponses du pouvoir, dont les Togolais contestent plus que jamais la légitimité : arrestations arbitraires, répressions barbares, saisies de matériels, ...

La contestation s’étend

Après la capitale togolaise, les manifestations contre la nouvelle loi électorale et les restrictions de liberté s’étendent. De sources proches du Collectif sauvons le Togo (Cst, un regroupement de partis d’opposition et d’associations de la société civile), les populations d’Atakpamé et de Sokodé (villes situées à 160 et 300 km de Lomé) ont battu le pavé, ce jeudi.

Comme à l’accoutumé, elles ont été dispersées à coup de gaz lacrymogènes et de matraques par les forces de l’ordre. Des courses poursuites entre gendarmes et jeunes manifestants ont été également constatées dans les rues de ces villes.

À Kara, 400 km de Lomé, la police et la gendarmerie auraient fait irruption dans une réunion d’opposants. Selon ces mêmes sources, des responsables de l’Alliance nationale pour le changement (Anc) du principal opposant, Jean-Pierre Fabre ont été appréhendés à Sokodé et à Kara.

« Ces manifestations ne sont pas autorisées. Au vue de ce qui s’est passé à Lomé, les forces de l’ordre ont reçu pour consigne d’éviter des troubles », a affirmé à AfriSCOOP, une source proche du ministère de l’Intérieur sous couvert de l’anonymat.

Selon des analystes, la répression mise en place par Lomé dénote d’une stratégie de « décapitation » de cette grogne populaire. 53 sympathisantes du Cst se trouvent actuellement à la prison civile de Lomé. Plusieurs responsables de ce collectif ont été brièvement interpellés en début de semaine.

« Nous n’allons pas abdiquer face à la force et à la violence. Ce mouvement ne fait que commencer et il ira à son terme avec la fin du régime autocratique et antidémocratique de Faure Gnassingbé », a déclaré Ferdinand Ayité, membre du collectif joint par AfriSCOOP.

Source : Djibril Sall, Leral.net, 22 juin 2012

Répression brutale

Répressions des manifestions à l’intérieur du pays

Le Collectif « SAUVONS LE TOGO » dénonce les répressions systématiques et l’interpellation en cascade de ses membres à Lomé, Tsévié, Atakpamé, Sokodé et Kara.

Après les manifestations du Collectif « SAUVONS LE TOGO » à Lomé les 12,13,14,15,18 et 19 juin 2012 qui ont fait l’objet de répressions policières systématiques et barbares, c’est le tour cette fois-ci de celles de Tsévié, d’Atakpamé, de Sokodé et de Kara les 20 et 21 juin 2012.

En effet, à peine les manifestants de ces différentes villes se sont rassemblés pour démarrer les marches, qu’ils ont fait l’objet de dispersion par des tirs de grenades lacrymogènes.

Dans certaines villes comme Kara, les responsables locaux du Collectif « SAUVONS LE TOGO » étaient simplement en réunion quand ils ont été arrêtés.

C’est ainsi qu’on note l’arrestation de Messieurs TCHAGNAO Essowazina, représentant local de l’ANC à Sokodé, ABI Kassando, membre du PSR et MALOU Essobiyou de la Section Locale de la Ligue Togolaise des Droits de l’Homme (LTDH) de la Kozah.

Il faut relever qu’à Sokodé, le préfet a fait réunir les chefs traditionnels des cantons de cette préfecture pour demander leur avis sur la tenue de la marche. En réponse, ces derniers ont martelé leur refus et déclaré publiquement qu’ils vont « voir quel chien sortira dans la rue pour manifester ». De plus, des propos tribalistes ont été tenus par ces chefs traditionnels demandant à certains manifestants de retourner dans leur préfecture d’origine pour y manifester.

Le préfet de Kloto quant à lui a fait réunir les chefs traditionnels à qui il a demandé d’organiser une contre manifestation aux motifs que celles du Collectif seraient destinées à casser.

Le Collectif « SAUVONS LE TOGO » rappelle que ces différentes manifestations ont fait l’objet d’une déclaration préalable adressée au Ministère de l’Administration Territoriale, de la Décentralisation et des Collectivités Locales le 13 juin 2012, étant donné qu’elles entrent dans la logique des manifestations à caractère national qu’organise le Collectif.

Le Collectif « SAUVONS LE TOGO » dénonce et condamne l’instrumentalisation de la chefferie traditionnelle à des fins politiciennes, et met en garde le pouvoir contre cette velléité qui est de nature à entamer le climat de confiance entre les populations et les garants des us et coutumes.

Le Collectif « SAUVONS LE TOGO » condamne avec fermeté ces différentes arrestations arbitraires en cascades qui foulent allègrement aux pieds les libertés d’expression, de réunion et de manifestations, et met en garde une fois encore le gouvernement contre ces agissements primitifs.

Le Collectif « SAUVONS LE TOGO » exige instamment la cessation de ces répressions barbares qui ne sauraient freiner l’élan des populations qui sont plus que déterminées à reconquérir leurs libertés politiques et économiques arbitrairement confisquées depuis près de cinquante ans.

Le Collectif « SAUVONS LE TOGO » exige également la libération immédiate et sans condition de toutes les personnes arrêtées depuis le début des manifestations ainsi que la restitution du matériel saisi.

Peuple togolais, par ta foi, ton courage et tes sacrifices la nation togolaise doit renaître !

Fait à Lomé, pour le Collectif, Ata Messan Zeus AJAVON - le 22 juin 2012

Communiqué de la diaspora

COMMUNIQUE

A l’issue de la manifestation organisée par

LA COMMUNAUTE DE LA DIASPORA TOGOLAISE EN FRANCE

EN SOLIDARITE AVEC LE « COLLECTIF SAUVONS LE TOGO » ET AVEC LE PEUPLE TOGOLAIS

Paris, le 22 juin 2012

A la suite de la répression sauvage orchestrée par les forces de sécurité lors des manifestations citoyennes des 12, 13 juin et 14 juin 2012 à l’encontre des militants du COLLECTIF SAUVONS LE TOGO, la communauté de la diaspora togolaise en France ainsi que les organisations de défense des droits de l’Homme et les démocrates amis du Togo, réunis devant l’ambassade du Togo à Paris, ce 22 juin 2012, élèvent une très vive protestation contre les multiples et graves atteintes aux droits de l’Homme au Togo.

Soutenu par le peuple dans sa très large majorité, le vaste mouvement de protestation citoyenne engagé par le COLLECTIF SAUVONS LE TOGO a pour but de sortir le Togo de l’impasse politique, économique et sociale dans lequel le système autocratique a plongé le pays depuis des décennies. Plus particulièrement, ce mouvement a pour objectifs spécifiques d’appeler l’attention sur les récentes et graves dérives du système relatives, d’une part, à l’adoption unilatérale du Code électoral et, d’autre part, aux graves violations des droits de l’Homme.

Mais, comme à son habitude, en lieu et place d’un véritable dialogue sur les revendications légitimes duCOLLECTIF, le pouvoir a lancé une violente répression contre les manifestants et plus généralement contre les populations des quartiers de la capitale occasionnant plusieurs dizaines de blessés et d’arrestations. Le 13 juin2012, les forces de sécurité iront jusqu’à déverser des rafales de gaz lacrymogènes dans une église de Lomé, à Amoutivé asphyxiant les fidèles et les écoliers de l’école primaire du quartier. Actuellement, certains responsables du COLLECTIF ainsi que de nombreuses personnes font l’objet de poursuites judiciaires tandis que d’autres leaders, sans aucune notification, sont assignés à résidence. Le mardi 19 juin, Monsieur Agbéyomé Kodjo, ancien premier ministre, ancien président de l’assemblée nationale, a été arrêté à son domicile. Comme dans bien d’autres circonstances, il sera libéré quelques heures après sans aucune explication sur cette arrestation.

Devant cette situation où les droits humains sont une fois encore mises à rude épreuve, la Communauté de la diaspora togolaise en France ainsi que les démocrates amis du Togo expriment leur profonde solidarité et leur plein appui au COLLECTIF SAUVONS LE TOGO ainsi qu’aux populations togolaises. Nous souscrivons totalement aux principales revendications du COLLECTIF SAUVONS LE TOGO et nous exigeons instamment :

• la libération immédiate et sans condition de toutes les personnes arbitrairement arrêtées lors des récentes manifestations ; l’arrêt des mesures d’assignation à domicile ainsi que des poursuites judiciaires engagées contre certains responsables du COLLECTIF ; la restitution des biens des populations qui ont été saisis dans ces circonstances ;

• l’ouverture de véritables négociations avec les responsables du COLLECTIF SAUVONS LE TOGO sur l’ensemble des sujets qui font l’objet des préoccupations profondes des populations togolaises : le retour à la constitution de 1992, les réformes institutionnelles, les questions liées au code électoral, au découpage électoral ainsi que le nombre de sièges à l’assemblée nationale et les délais nécessaires à la préparation des prochaines élections ;

• l’application des décisions de la Cour de justice de la CEDEAO dans l’affaire des neuf députés de l’ANC ;

• la mise en œuvre des recommandations pertinentes de la Commission nationale des droits de l’Homme (CNDH) relatives aux actes de torture et aux nombreux cas d’impunité relevés par le CNDH dans ses rapports ;

• l’arrêt de l’usage intempestif de la force et des gaz lacrymogènes dans un pays où les hôpitaux manquent du minimum pour soigner et où les populations appauvries ne disposent pas de moyens pour assurer leur survie de santé ;

• l’arrêt des poursuites engagées contre les médias libres et les manœuvres d’intimidation des professionnels de la communication.

A l’image de la prise de position d’Amnesty international dans sa déclaration du 19 juin 2012, nous sollicitons l’appui des organisations internationales afin qu’elles continuent de dénoncer les pratiques répressives du pouvoir togolais et aussi afin d’aider les populations togolaises dans leur lutte pour la démocratie et le respect des droits humains.

La communauté de la diaspora togolaise en France et les démocrates amis du Togo lancent un appel à la communauté internationale pour qu’elle apporte son appui aux forces vives de la nation togolaise représentées par le COLLECTIF SAUVONS LE TOGO, afin de prévenir les graves dangers que le système politique actuel fait peser sur l’avenir de tout un peuple, en s’enfermant dans la seule logique répressive.

Peuple togolais, par ta foi, ton courage et tes sacrifices,
la nation togolaise doit renaître.

Fait à Paris, le 22 juin 2012

Ont signé :

• Collectif des associations contre l’impunité au Togo (CACIT-France)

• Conseil mondial de la diaspora togolaise (CMDT)

• Mouvement de libération du Togo (MOLITO)

• Synergie-Togo

• Alliance nationale pour le changement-France

• Fédération internationale de l’Alliance nationale pour le changement

Jean-pierre Fabre, président de l’ANC et principale figure de l’opposition, est de nouveau assigné à résidence depuis 6h ce samedi 23 juin.

Illustration : Togo from the CIA World Factbook, 14 juin 2007, Domaine public (Wikimedia)

Safari collabore au site d’information Medialternative et au collectif libertaire Ad Nauseam.

« Nous n’avons rien appris, nous ne savons rien, nous ne comprenons rien, nous ne vendons rien, nous n’aidons en rien, nous ne trahissons rien, et nous n’oublierons pas. »

 24/06/2012

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