tel-05682171 Le corps-monteur : la pratique du montage comme vecteur narratif pour la création (…)
Alors que les imaginaires autour des dispositifs de réalité virtuelle suscitent encore craintes, fantasmes ou scepticisme, il est essentiel d'interroger les interactions corporelles, explicites et implicites, qui nous lient aux espaces numériques. Par leur nature algorithmique, les environnements virtuels calculés en temps réel peuvent offrir des espaces immersifs interactifs engageants, mais aussi manipuler et contraindre les mouvements, l'imaginaire et l'expérience sensible de l'immersant·e (personne immergée en réalité virtuelle). L'art du montage, pratiqué et théorisé depuis le début du XXe siècle, a fortement déterminé le jeu des formes cinématographiques et constitue une part importante de notre culture de l'image en mouvement. Tantôt invisible pour favoriser l'immersion dans un récit, tantôt ostensible pour stimuler la réflexivité des spectateur·rices, l'organisation des fragments d'image dans le temps est au cœur de la puissance narrative du cinéma. Mettant à l'épreuve l'effet de présence (impression "d'être là") de l'immersant·e au sein de l'espace de représentation, l'expérience du montage en réalité virtuelle est cependant rarement au centre du geste artistique. Laissant apparaître les coutures de la médiation, les discontinuités sont vues comme des facteurs diminuant la qualité des dispositifs, incitant les créateur·rices à favoriser des espaces-temps continus. Prenant à contre-pied cette doxa, cette thèse explore le montage comme moteur narratif central, aussi bien dans la création que dans la réception d'œuvres immersives. À travers des protocoles expérimentaux, le développement d'outils et la conception de dispositifs artistiques, elle interroge la manière dont une approche fragmentée de l'espace numérique peut enrichir l'expérience esthétique de l'immersant·e. En s'appuyant sur nos cultures du cinéma et des médiations spatiales et interactives, elle cherche à concilier fluidité et discontinuité : d'une part, en accordant le rythme corporel de l'immersant·e à un montage réagissant en temps réel à sa présence ; d'autre part, en étudiant comment le degré d'agentivité de l'immersant·e face aux discontinuités transforme le jeu narratif, favorise la distanciation et stimule une réflexivité sur la représentation. D'abord, cette recherche analyse les typologies d'œuvres existantes qui confrontent immersion et discontinuités. Ensuite, elle met en œuvre des protocoles d'expérimentation qui mettent en tension certaines propriétés du montage cinématographique avec les spécificités phénoménologiques de la réalité virtuelle. Elle aboutit à la conception d'une Table de Montage Spatial, un outil fonctionnel et conceptuel conçu pour explorer ces questions et techniques. Enfin, elle examine comment cette pratique peut ouvrir de nouvelles formes de partage de l'expérience sensible, donnant lieu à des installations artistiques et des dispositifs de spectacle vivant dépassant l'expérience individuelle de l'immersant·e. Cette recherche-création propose ainsi le modèle du Corps-Monteur, oscillant entre réception et manipulation du montage, entre présence et distance à la représentation.
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