L’Agence d’information

RDC : Yumbi, l’un des plus grands massacres de l’ère Kabila

Yumbi, Bongende, Nkola et Yoka

Le dernier grand massacre de l’ère Kabila - près de 900 personnes massacrées à l’arme lourde en deux jours - a été déguisé en conflit ethnique alors que son mobile politique ne fait aucun doute, rapporte l’Agence d’information ce 31 janvier 2019.

« La planification du massacre aurait été faite au niveau du gouvernorat de la province. Deux équipes formées par des policiers et des militaires sont parties de Kinshasa et d’Inongo pour faire jonction à la cité de Mansele (...) ».

L’Agence d’information revient sur le silence médiatique « assourdissant » qui est fait aussi bien sur « le rapport de la Monusco indiquant les responsabilités du gouverneur Ngobila Mbaka » que sur la demande d’enquête de l’ACAJ sur une éventuelle participation aux massacres de membres de l’armée et de la police nationale congolaise.

Carnage au bord du grand fleuve

Du 16 au 18 décembre, 890 personnes ont été tuées à l’arme automatique en moins de 48 heures à Yumbi, dans la province de Maï Ndombe frontalière avec la République du Congo. Les assaillants, arrivés de Kinshasa et d’un village limitrophe, encadraient les membres d’une communauté locale.

L’un des plus grands massacres de l’ère Kabila a été déguisé en conflit ethnique alors que le mobile politique ne fait pas de doute.

Le gouverneur de la province, proche du régime, est indiqué comme l’organisateur de cet acte de génocide visant la communauté Banunu.

31/01/2019
« RDC : 45 morts dans des violences inter communautaires »
Le 18 décembre, titre et contenus d’une dépêche AFP sont repris en boucle dans les médias africains et en France. Y trouvent une large place les propos du gouverneur de la province, Gentiny Ngobila Mbaka : « Ces violences ne sont pas liées à la campagne électorale en cours dans le pays. Il s’agit d’un conflit entre deux communautés ».

Un mois après, un rapport du Bureau des Nations Unies pour les droits de l’homme (BDHNU) de Genève (Suisse) fait état d’une situation bien plus grave : « Au moins 890 personnes auraient été tuées entre le 16 et le 18 décembre dans quatre villages du territoire de Yumbi… dans ce qui semble avoir été des affrontements entre les communautés Banunu et Batende ».

On insiste sur la thèse des violences « inter communautaires », mais le nombre de victimes en un laps de temps si court pose question pour des conflits qui d’habitude se déroulent à l’arme légère ou blanche.

Ainsi, à la lumière des premières informations qui arrivaient de Yumbi, cette version ne tient pas la route.

Un bateau en provenance de Kinshasa

Quelques jours après le massacre, une ONG des droits humains, l’Association congolaise pour l’accès à la justice (ACAJ), demande à l’Etat congolais d’ouvrir une enquête « pour déterminer quels militaires et quels policiers auraient apporté leur soutien au groupe des assaillants Batende »

RFI reporte le communiqué de l’ACAJ et cite une source religieuse sur place qui « évoque l’usage d’armes automatiques et de grenades lacrymogènes » et la présence d’ « un bateau suspect, probablement en provenance de Kinshasa… au large de Yumbi ».

Si tous les ingrédients de la manipulation politique avec la participation de forces de sécurité de l’Etat dans les tueries sont réunis, pourquoi les Nations unies via le BNUDH se limitent à une alerte si anodine et tributaire de la vulgate des « violences inter communautaires » ?

Surtout que, selon une source de l’Agence d’information et le média congolais Top Congo, un rapport établi par la mission onusienne en RDC (MONUSCO) une semaine après les faits accuse le gouverneur Ngobila Mbaka d’avoir dépêché sur place et à partir de Kinshasa des fonctionnaires de la police et de l’armée (FARDC). Déguisés en civils, ceux-ci auraient encadré les Batende dans les attaques meurtrières contre les Banunu.

Depuis, le rapport a été enterré par décision de la responsable de la MONUSCO, Mme Leila Zerrougui.

On apprend pourtant qu’à Yumbi, ces faits sont bien connus par la population. Un témoignage accablant d’un dirigeant de la société civile locale est reporté par Top Congo dans son édition du 27/12 :

« La planification du massacre aurait été faite au niveau du gouvernorat de la province. Deux équipes formées par des policiers et des militaires sont parties de Kinshasa et d’Inongo pour faire jonction à la cité de Mansele habitée par la tribu Tiene. Le groupe de criminels parti de Kinshasa a voyagé à bord du bateau Kebakuni, propriété de M. Ngobila Mbaka, gouverneur de la province et leader de la tribu Tiene ».

D’autre part, un post sur le compte tweeter du mouvement citoyen La Lucha, publié quelques jours après les événements, accuse les partisans de Ramazani Shadary, dauphin de Joseph Kabila à la présidentielle du 30 décembre, d’avoir armé une milice Batende pour attaquer les Banunu, considérés proches de Martin Fayulu, le candidat de l’opposition radicale Lamuka.

Le piège « ethnique »

L’orientation politique des Banunu n’étant pas du goût du gouverneur Ngobila Mbaka, créature du tout puissant président kabiliste de l’Assemblée nationale Aubin Minaku et battant campagne pour le candidat Shadary de la coalition pro gouvernementale FCC (Front commun pour le Congo), un piège contre les Banunu est vite monté.

Lorsque ces derniers se préparent à enterrer la dépouille de leur chef coutumier décédé à Kinshasa, Mbaka s’y oppose en prétextant que la terre appartient aux Batende…

Il mobilise ces derniers et les fait encadrer par sa milice privée, l’Universal Security, société de sécurité de sa propriété qui, à Yumbi, supplée la police. L’œuvre se complète avec le recrutement d’un certain nombre de policiers et de militaires à Kinshasa. Puis, l’ordre est donné de passer à l’acte.

Des centaines de maisons incendiées, des centres sanitaires pillés, des cadavres flottant dans les eaux du Congo ou remplissant les fosses communes, des villages abandonnés et des milliers de déplacés au Congo Brazzaville.

Bref, l’apocalypse à Yumbi, Bongende, Nkola et Yoka.

Ngobila Mbaka lui, reste impassible et réfute toute « allégation » sur le caractère politique de la tragédie. « C’est un conflit qui n’a rien de politique. Il n’y a aucun soubassement politique dans ce conflit », répète-t-il sans cesse.

Un objectif aurait été au moins atteint par le régime, car, « à cause de l’insécurité », Yumbi, fief notoire de l’opposition Lamuka, est exclu de participation aux élections. Les gens de ce territoire voteront le mois de mars, quand les résultats des scrutins seront déjà connus, y compris le nom du « nouveau président élu ».

Le 26 janvier, la découverte de plus de cinquante fosses communes par une mission d’enquête conjointe de la mission de l’ONU et des autorités congolaises à Yumbi a été très médiatisée.

Le 30, Leila Zerrougui, patronne de la Monusco, déclare : « Ce qui s’est passé à Yumbi a été d’une violence inouïe. Nous voulons accompagner le processus de retour des populations ».

Silence assourdissant sur le rapport de la Monusco indiquant les responsabilités du gouverneur Ngobila Mbaka et sur la demande de l’ACAJ postulant une enquête sur la participation éventuelle aux massacres de membres des FARDC et de la Police nationale (PNC).

Luigi Elongui
L’Agence d’information, 31 janvier 2019

Cet article, Carnage au bord du grand fleuve, est diffusé sous licence « Attribution-ShareAlike 4.0 International » (CC BY-SA 4.0).
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Mis en ligne par La rédaction
 31/01/2019

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