François Soudan dans ses oeuvres...

Quand « Jeune Afrique » fait la propagande de Sassou Nguesso

par Brice Nzamba (La Rupture)

Sous la plume de François Soudan, « Jeune Afrique » s’illustre - encore une fois - en faisant l’apologie d’un chef d’état, en l’occurence Denis Sassou Nguesso, dont les crimes (affaire des disparus du « Beach » [1]) et la gestion calamiteuse - et kleptocratique - du Congo semblent avoir échappés au directeur de la rédaction de l’hebdomadaire françafricain.

« A la tête d’un Etat pétrolier (le Congo-Brazzaville, 4 millions d’habitants), Denis Sassou Nguesso (revenu au pouvoir en 1997 à la faveur d’un coup d’Etat) est suspecté d’avoir détourné, à son profit et au profit de sa famille et de son clan, une partie substantielle de la rente liée à l’or noir. Ces détournements auraient commencé dès sa première période au pouvoir, de 1979 à 1992, en négociant la vente du pétrole en dessous du prix du marché en contrepartie de versements à son profit. A ce jour, la fortune de Denis Sassou Nguesso est estimée à plus d’un milliard de dollars... [2] »

Evidemment, ce n’est pas ce qu’on peut lire dans l’article de François Soudan...
Ci-dessous la réponse de Brice Nzamba au « journaliste » de Jeune Afrique, publiée ce 25 août sur le site de Mwinda.

Réponse à François Soudan suite à la parution du Jeune Afrique N° 2587 du 8 au 14 août 2010 sur l’indépendance du Congo-Brazzaville.

Monsieur,

Je me permets de vous écrire suite à la publication « Jeune Afrique » du 8 au 14 août 2010 sur l’indépendance du Congo Brazzaville.

Je vous écris non seulement parce que je suis ressortissant de ce pays et coordinateur du Cercle de réflexion politique LA RUPTURE, mais surtout parce que je suis un panafricain et fervent lecteur de Jeune Afrique.

Panafricain et fervent lecteur de Jeune Afrique, j’ai toujours cru que depuis 1960, date de sa création, cet hebdomadaire panafricain disposait d’une ligne éditoriale dont l’objet était de contribuer au développement politique, économique et social du continent en proposant au plus grand nombre une information indépendante, accessible et fiable.

Une information indépendante et fiable fondée sur la passion du journalisme, la rigueur, l’esprit d’indépendance et le sens de la responsabilité.

J’ai longtemps cru que l’information diffusée par « Jeune Afrique » répondait à ces valeurs, mal m’en a pris, en lisant la parution n° 2587 du 8 au 14 août 2010 sur l’indépendance du Congo-Brazzaville.

Mal m’en a pris car en parcourant le dossier consacré au Congo Brazzaville, loin de lire un journaliste libre, impartial et rigoureux, porteur des valeurs encensées par « Jeune Afrique », je découvris plutôt un propagandiste déterminé à faire accroire à l’opinion publique internationale que Monsieur Denis Sassou Nguesso, était un chef d’Etat patriote aimant son pays, et qui plus est, le plus méritant depuis l’indépendance de notre pays.

Votre article, « L’HOMME DE MPILA », de bout en bout, s’évertue à présenter Monsieur Denis Sassou Nguesso, comme un homme du peuple, vivant modestement loin des pétro dollars, contrairement, soulignez-vous, à ce qui se dit sur la toile.

Déterminé à laver plus blanc que neige Monsieur Denis Sassou Nguesso, vous soutenez que celui-ci n’est ni un satrape, ni un kleptocrate, et que la situation rentière de l’économie congolaise est un cliché dont la responsabilité incomberait à toute la classe politique congolaise depuis l’indépendance.

Pour finir ce qui apparaît comme une propagande, vous souteniez que Monsieur Sassou Nguesso, a le mérite d’apporter la paix et la stabilité au Congo Brazzaville contrairement à tous ceux qui l’ont précédé.

Monsieur, je ne peux que relever ici votre absence fautive de rigueur et d’indépendance dans la rédaction de votre article, tant votre méconnaissance des faits et des réalités politiques du Congo Brazzaville est patente.

Pour preuve, les rapports incendiaires des ONG sur le régime Sassou Nguesso ne sont pas des divagations ou des simples vues d’esprit comme vous l’insinuez. Les rapports de la FIDH sur les disparus du Beach, ou encore les rapports sur les biens mal acquis établis par la brigade financière française à l’occasion de la plainte des biens mal acquis, initiée par Sherpa et d’autres associations congolaises, sont bien des réalités qui expliquent la nature criminelle et tyrannique du régime de celui que votre journal glorifie.

Vous nous dites que Monsieur Sassou Nguesso pique des coups de colère en plein conseil de ministre, dites nous donc les noms de ceux de ses ministres ou collaborateurs qu’il a démis consécutivement à ses coups de colère ?

Monsieur Sassou Nguesso, contrairement à ce que vous aviez voulu nous faire croire est bien un satrape et un kleptocrate, j’ajouterai, en vertu des faits connus des congolais et des africains bien informés, ce Monsieur est un tyran.

Un satrape parce que Monsieur Sassou Nguesso dirige le Congo-Brazzaville comme une satrapie, concentrant tous les pouvoirs en ses mains, et utilisant l’argent du trésor public comme le sien propre.

Savez-vous que suite à l’audit du cabinet KPMG commandité par le FMI pour vérifier les comptes de l’Etat Congolais, celui-ci a découvert qu’en 2003, environ 20 millions de dollars de revenus pétroliers se sont évaporés du trésor public congolais, et entre 2003 et 2005, près d’un milliard de dollars de revenus pétroliers n’ont pas été comptabilisés à ce même trésor public ?

Oui, vous aviez raison, Denis Sassou Nguesso n’est pas un kleptocrate, alors même qu’il est à la tête d’un régime dont le blanchiment d’argent en bande organisée des revenus pétroliers congolais dans des paradis fiscaux est le sport favori. Je vous conseille vivement de lire les rapports de Global Witness sur la gestion des revenus pétroliers par l’homme de Mpila, même si vous n’accordez aucune importance aux rapports des ONG paraissant sur internet.

Monsieur Sassou Nguesso est un tyran, et tout votre art sophistiqué de la plume n’y changerait rien, tellement les faits sont têtus. Savez vous qu’il entretient non loin de son village une milice armée lourdement équipée, terrorisant les populations congolaises au cas où elles songeraient à se soulever contre lui ? Savez-vous que la dérive militariste du régime de Sassou Nguesso a atteint un point tel que celui-ci ne s’offusque plus à commander des armements lourds à la Corée du nord alors que celle-ci est sous embargo militaire de l’ONU ?

Ce que je vous décris ici n’est pas une caricature comme vous semblez nous le vendre dans votre article, c’est bien la réalité de l’homme de Mpila, car des cinquante ans de notre indépendance, il a dirigé le pays pendant vingt cinq ans, spoliant au passage les sociétés privées héritées du règne d’Alphonse Massamba Débat, réduisant la part de l’Etat Congolais dans le partage de production du pétrole à 17%.

C’est cet homme, le plus incompétent de tous les chefs d’Etat de notre histoire, un seigneur de guerre, dirigeant son pays d’une main de fer, affamant sa population, et la laissant vivre dans la crasse la plus morbide, alors que sa progéniture et ses affidés affichent un luxe des plus scandaleux, que vous vous êtes évertuez à blanchir au prix du sérieux de « Jeune Afrique », un hebdomadaire qui se veut à l’avant garde du combat pour la démocratie et la bonne gouvernance en Afrique.

Monsieur, dois je rappeler à votre mémoire la déclaration des droits et devoirs des journalistes adoptée les 23 et 24 novembre 1971 à Munich posant comme devoirs essentiels du journaliste dans la recherche, la rédaction et le commentaire des événements :

- Respecter la vérité, qu’elles qu’en puissent être les conséquences pour lui-même, et ce, en raison du droit que le public à de connaître la vérité.

- Rectifier toute information publiée qui se révèle inexacte.

- Ne jamais confondre le métier de journaliste avec celui du publicitaire ou du propagandiste.

Il est constant que tout journaliste digne de ce nom, se fait fort de respecter les principes énoncés ci-dessus, dès lors, faire abstraction des faits et de l’objectivité pour se fondre en éloge flatteur à un tyran, n’honore nullement « Jeune Afrique » et moins encore la profession de journaliste que vous incarnez.

Le plus étonnant dans ce numéro de « Jeune Afrique » est que non seulement vous ne respectez pas votre propre ligne éditoriale en faisant la promotion d’un régime convaincu de tyrannie et classez comme liberticide par une organisation Américaine prestigieuse qu’est la Fondation Freedom House (je constate une fois de plus que vous n’avez cure des rapports des ONG), mais surtout vous semblez faire le choix du tyran contre le peuple congolais, notre peuple, qui souffre le martyre en silence.

BRICE NZAMBA
Membre du Cercle LA RUPTURE

A lire :

“Sassou Nguesso, l’irrésistible ascension d’un pion de la Françafrique”, Fédération des Congolais de la Diaspora, L’Harmattan, 2009

le site de l’association Survie : www.survie.org

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Mis en ligne par Safari
 26/08/2010

[1En 1999, dans un souci d’apaisement, Denis Sassou annonce la réconciliation nationale. Il signe des accords avec la République démocratique du Congo et le HCR pour le retour des réfugiés qui avaient fuit la guerre civile en se réfugiant à Kinshasa.

Le premier retour de familles (adultes, femmes, enfants) a lieu par la « traversée du Beach » (navette fluviale qui effectue les liaisons Brazzaville-Kinshasa), et comprend environ 1500 personnes, sous le contrôle du HCR. Ces personnes sont interpelées dès leur arrivée à Brazzaville, et acheminées par convois dans des camps ou vers la Présidence selon les sources. A partir de ce moment, toute trace de ces personnes est perdue...

[3En 1999, dans un souci d’apaisement, Denis Sassou annonce la réconciliation nationale. Il signe des accords avec la République démocratique du Congo et le HCR pour le retour des réfugiés qui avaient fuit la guerre civile en se réfugiant à Kinshasa.

Le premier retour de familles (adultes, femmes, enfants) a lieu par la « traversée du Beach » (navette fluviale qui effectue les liaisons Brazzaville-Kinshasa), et comprend environ 1500 personnes, sous le contrôle du HCR. Ces personnes sont interpelées dès leur arrivée à Brazzaville, et acheminées par convois dans des camps ou vers la Présidence selon les sources. A partir de ce moment, toute trace de ces personnes est perdue...

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