Le printemps européen

London’s Burning

LONDRES: la bourgeoisie réclame l’état d’urgence

Lu sur Paris s’éveille:

“Si les émeutes se poursuivent, le Premier ministre devra envisager des solutions plus drastiques et déclarer l’état d’urgence, imposer un couvre-feu et peut-être même en appeler à l’armée.”

“Les habitants des quartiers huppés de Londres, comme ce journaliste du Telegraph, ne mâchent pas leurs mots pour condamner les troubles dans la capitale. Sur son blog hébergé par le quotidien conservateur, Toby Young imagine un scénario catastrophe, avec création de milices armées, déploiement de tanks et fuite des Londoniens” nous rappelle le Courrier International.

3 jours d’émeutes

À Londres, et dans bien des villes et banlieues d’Angleterre, on en est à trois jours d’émeutes. Hier, le chef de la police demandait « aux parents de commencer à contacter leurs enfants pour leur demander où ils se trouvent »...

London’s burning, chantaient les Clash il y a trente ans.

On se souvient des émeutes sans fin de Brixton. “Oh oh, the guns of Brixton”, chantaient-ils aussi :

photos d’émeutes, Brixton 1985

Ils appelaient à la “White riot”. “I want a riot” :

White riot - I wanna riot

White riot - a riot of my own

(…)

Are you going backwards

Or are you going forwards ?

Black people gotta lot a problems

But they don’t mind throwing a brick

White people go to school

Where they teach you how to be thick

An’ everybody’s doing

Just what they’re told to

An’ nobody wants

To go to jail !

stay free

Au cœur de la vague de révolutions pacifistes réclamant une démocratie réelle maintenant, voilà que le pays de la plus vieille démocratie s’enflamme, comme pour montrer que le chemin de l’émeute existe encore, ou pour signifier combien le désespoir est sans limites. Ce ne sont pas les voitures, mais les maisons qui brûlent dans les banlieues de Londres.

White riot appelait les blancs trop bien élevés à se révolter aussi – et aujourd’hui, plus de trente ans après les fameuses émeutes de Brixton, les Clash sont entendus…

Alors que la crise économique est annoncée – crise dans la crise, deuxième degré de la catastrophe –, le discrédit de l’ordre existant n’est pas seulement un indice relevé par les organismes de notation, Standard & Poor, Moody ou autres, mais une évidence universellement partagée, de Reykjavik à Tunis, et de Damas à Londres, en passant par Athènes et Paris, Le Caire et Saana, Casablanca ou Santiago du Chili...

Le monde doit changer de base.

Partout on parle d’une nouvelle constitution à écrire. Quelques rescapés de la bataille contre la Loppsi ont brouillonné quelques propositions, qu’on pourrait mettre en post-scriptum de tous les articles sur la révolution mondiale en cours :

VIDÉO - Posté le 9 août - 3ème jour d’émeutes.

Sur Le Parisien

Suppression de l’exécutif – présidence, gouvernement –, l’administration des ministères passant sous contrôle des commissions parlementaires dédiées à chaque ministère.

Aux ministères sont également associés des Conseils de société civile, un spécifique à chaque ministère, comme les commissions parlementaires qui les dirigent, ces conseils ayant une fonction de contre-pouvoir.

Les conseils de société civile sont ouverts à tous, à commencer par toutes les organisations syndicales ou autres spécifiques ou pas au domaine administré, mais également à toutes les personnes intéressées, et à tous ceux qui le désirent – à tous.

Ils ont pour fonction d’examiner toutes les décisions que peut avoir à prendre ce ministère, à toutes les étapes de la réflexion jusqu’à son aboutissement.

Ils ont également pouvoir de proposition.

En cas de désaccord entre le Conseil et la Commission, le Conseil a pouvoir de renvoyer à l’Assemblée ; et en cas de désaccord persistant entre le Conseil de société civile et l’Assemblée, le Conseil a pouvoir d’appeler au référendum.

Et dans tout le pays – dans toutes les villes, et éventuellement dans les villages –, il y aurait, en lieu et place de la Mairie, par exemple, ou du Tribunal, c’est-à-dire en un beau bâtiment très central de préférence, des Maisons de la démocratie. Dans ces maisons, hormis autant de salles de réunions que nécessaire, il y aurait accès à toute l’information sur le travail, la réflexion et les décisions prises par l’Assemblée à travers ses commissions et sous le contrôle des conseils de société civile. Supplémentairement, il pourrait y avoir. là un point d’information citoyenne où seraient diffusées toutes les publications ayant trait au débat politique, tous les commentaires des uns ou des autres, tous les petits journaux qu’on pourrait avoir envie de faire, toi ou moi. Des “journaux des débats”.

Ces Maisons de la démocratie seraient ainsi le lieu des assemblées locales – n’excluant pas qu’il puisse y en avoir en tous lieux, selon l’intensité des débats, n’interdisant pas que de telles assemblées puissent se faire non seulement sur une base locale, mais y compris sur des bases affinitaires.

Elles fonctionneraient comme un deuxième contre-pouvoir, susceptible d’en appeler au référendum sans trop de difficultés.

Elles auraient comme fonction essentielle de réfléchir constamment à l’organisation sociale, et de proposer des réformes y compris constitutionnelles pour corriger tel ou tel dysfonctionnement de l’ensemble de cette construction ou de certaines de ses parties.

Quant à l’Assemblée, elle serait composée en trois tiers :

- le premier, élu sur listes à la proportionnelle intégrale à l’échelle nationale, serait en quelque sorte celui des partis, ou de tout groupe éventuellement constitué de façon éphémère pour l’élection mais ayant de fait les caractéristiques d’un parti, c’est-à-dire d’un ensemble de gens se présentant solidairement ;

- le deuxième tiers serait élu, lui, sur la base des circonscriptions territoriales, et serait un suffrage nominal à deux tours, majoritaire sur le modèle de l’élection actuelle des députés. L’idée est avancée que les candidats soient en fait des trinomes, trois personnes se présentant à la fois, et partageant le siège de parlementaire, ayant à s’accorder sur les votes soit par consensus (a priori acquis puisqu’ils se sont présentés ensemble), soit à la majorité simple (deux sur trois). Ils peuvent faciliter à “un” député de participer à plusieurs commissions parlementaires, puisque chacun est triple, trois individus interchangeables agissant en accord en vertu du même mandat électoral.

- et le troisième tiers serait tiré au sort dans la population (ou, éventuellement, sur la liste de tous ceux qui opteraient pour être éligibles).

Les élections se feraient en trois temps. Et le nombre de sièges de l’Assemblée seraient éventuellement considérable, par exemple si on retenait les actuelles 577 circonscriptions actuelles. Comme ce mode de représentation ne compterait que pour un tiers, on dépasserait les 1700 parlementaires. Ce qui n’est peut-être pas du luxe si on considère qu’ils auront à se répartir la charge de l’administration au sein des multiples commissions parlementaires chargées de diriger les ministères.

Il n’y aurait pas d’indemnité parlementaire, aucune fonction d’élu n’étant rémunérée, le revenu d’existence inconditionnel étant assuré à tous comme revenu de citoyenneté, garantissant à tous la possibilité de consacrer du temps aux affaires publiques.

Londres (Royaume-Uni), 8 août.

La pression ne retombe pas à Londres. Les violences se sont poursuivies dans la nuit de lundi à mardi dans la capitale britannique, pour la troisième journée consécutive, et se sont étendues à la province.

Le Premier ministre britannique David Cameron a même décidé d’écourter ses vacances en Toscane (Italie) pour rentrer à Londres dans la nuit de lundi à mardi. Il devrait tenir une réunion d’urgence avec les services de secours.

Dans la nuit de lundi à mardi, violences et pillages se sont également propagés dans la nuit aux villes anglaises de Birmingham, de Liverpool et de Bristol, soit au centre, au nord-ouest et au sud-ouest de l’Angleterre. Lundi soir à Londres, des groupes de jeunes s’étaient rassemblés dans le quartier de Hackney, dans l’est de la capitale, pillant des magasins et un camion. Plusieurs voitures ont également été incendiées jusqu’à ce que la police repousse les émeutiers.

Scotland Yard a annoncé avoir déployé 1 700 policiers supplémentaires pour faire face aux pires incidents survenus dans la capitale britannique depuis des années. La police a également dû intervenir à Croydon, où des feux spectaculaires étaient en cours lundi soir selon les images de la BBC, à Lewisham et à Peckham, dans le sud de Londres. À Peckham, des commerces étaient en feu et les flammes menaçaient de se propager à d’autres immeubles alors que des jeunes ont tenté de mettre le feu à un autobus à impériale, selon des images de télévision.

«Incroyable niveau de violence» contre les policiers

Toute la journée de lundi, des groupes de jeunes ont harcelé les forces de l’ordre et pillé des magasins dans plusieurs quartiers de la ville. Ces nouveaux incidents font suites aux émeutes survenues dans la nuit de samedi à dimanche à Tottenham, dans la foulée d’une manifestation pour réclamer «justice» après la mort d’un homme de 29 ans, Mark Duggan, tué lors d’une opération des forces de l’ordre contre la criminalité au sein de la communauté noire.

Mardi, 334 personnes, dont un garçon de onze ans, avaient été arrêtées depuis le début des violences. Au moins neuf membres des forces de l’ordre ont été blessés durant la nuit de dimanche à lundi, dont trois après avoir été heurtés par un véhicule roulant à vive allure. Trente-cinq au total ont été blessés depuis le début de ces émeutes, a indiqué la police, qui s’est dite « choquée par cet incroyable niveau de violence à leur encontre ».

Scènes de pillage en province

En province, la police des West Midlands a confirmé l’arrestation de 87 jeunes qui, dans le centre de Birmingham, brisaient des vitrines de magasins et se livraient au pillage. Elle a indiqué qu’un commissariat de Birmingham était en feu. À Liverpool, la police locale a elle aussi indiqué être confrontée à des scènes de violence, notamment l’incendie de plusieurs voitures.

En ce qui concerne la capitale britannique, le chef de la police Tim Godwin a demandé « aux parents de commencer à contacter leurs enfants pour leur demander où ils se trouvent ».

[Source : Leparisien]

Sur Courrier International

Mardi [9 août], 3h30 du matin. Impossible de dormir. A l’heure où j’écris ces lignes, c’est l’anarchie à Londres. A 22h, une horde de plusieurs centaines de jeunes a envahi le quartier d’Ealing [un quartier résidentiel chic de l’est de la ville], situé à environ 3 kilomètres de là où j’habite à Acton. Ils ont détruit les vitrines des magasins, incendié des bâtiments et pillé le centre commercial local. La chaîne de télévision Sky News a reporté deux incidents dans des domiciles privés. Une femme âgée se serait ainsi réveillée face à face avec un homme masqué au pied de son lit. D’après les témoins que j’ai pu contacté par Twitter, la police est tellement débordée qu’il lui a fallu 90 minutes pour arriver sur les lieux. De fait, l’équipe de Sky News – basée à Isleworth, à environ 5 kilomètres – était là avant et un des journalistes a courageusement accepté d’attendre l’arrivée de la police avec la vieille femme. Plus tard, des sources non confirmées indiquaient que les violences s’étendaient vers l’est, en direction d’Acton.

A cet instant, j’envisageai sérieusement de réveiller ma femme et mes enfants, de prendre la voiture et de passer la nuit au Holiday Inn juste à côté d’Heathrow. La rue où j’habite est régulièrement prise pour cible par les jeunes des cités voisines et je craignais qu’ils ne profitent de la situation, la police étant clairement occupée ailleurs. Il y a quelques mois, mon fils de six ans s’est fait dépouillé par un jeune adolescent à vélo alors qu’il avait installé un stand de vente de limonade devant notre garage. La semaine dernière, c’est mon voisin qui a surpris et chassé deux hommes qui essayaient de s’introduire chez lui. Après réflexion, je décidai toutefois que je ne me laisserai pas intimider et chasser de chez moi par une bande de jeunes voyous. Je tirai les rideaux, éteignis les lumières et sortis une vieille batte de base-ball.

A l’instar de centaines de milliers d’habitants de Londres, je refuse de passer une autre nuit à me sentir aussi vulnérable. David Cameron va devoir proposer une réponse solide s’il ne veut pas voir les citoyens ordinaires commencer à s’organiser en milices pour protéger leurs familles et leurs biens dans les jours à venir. Il est de plus en plus clair que la police est aujourd’hui débordée par l’ampleur de ces troubles. Toutes les permissions ont été suspendues et des contingents ont été appelés en renfort dans les comtés limitrophes de Londres, mais cela ne suffit pas. Alors que les émeutes touchent à présent Birmingham, Bristol, Liverpool et d’autres villes, l’épuisement se fait sentir après trois nuits de violences consécutives. Les policiers sont au bord de l’effondrement. Une solution consisterait à les équiper de meilleures armes : gaz lacrymogène, balles en caoutchouc, canons à eau. Mais cela suffira-t-il ? Les policiers formés à ce genre d’équipement étant peu nombreux, il ne pourra pas être employé massivement. Si les violences de la nuit dernière se répètent ce soir dans les mêmes proportions, les canons à eau ne changeront pas grand-chose. Le problème n’est pas l’équipement des forces de police mais l’ampleur des émeutes : la police ne peut simplement pas arriver là où il faut quand il le faut.

Si les émeutes se poursuivent, le Premier ministre devra envisager des solutions plus drastiques et déclarer l’état d’urgence, imposer un couvre-feu et peut-être même en appeler à l’armée. Et le plus tôt sera le mieux. S’ils ne se sentent pas suffisamment protégés par les autorités, les citoyens ordinaires ne se chargeront pas seulement de se défendre eux-mêmes. Ils commenceront à fuir massivement les villes et provoqueront d’énormes problèmes logistiques. Il y a aussi la question de notre fragile reprise économique. Déjà mal en point, les commerçants du pays vont souffrir de ces troubles et plus ils dureront, plus les dégâts seront lourds. Seconde récession, nous voilà...

Il y a aussi les Jeux olympiques de l’an prochain. Les Américains et les Australiens voudront-ils encore dépenser une petite fortune pour venir s’ils risquent d’arriver dans une capitale à feu et à sang ? Les JO sont censés être une vitrine, un coup de projecteur glamour sur tout ce que Londres peut offrir en tant que capitale mondiale. Cette vision est aujourd’hui en miettes et il faudra mettre en œuvre des trésors d’habileté en termes de relations publiques pour la ressusciter. Plus les émeutes durent, plus la tâche sera difficile.

Dans les semaines et les mois à venir, les responsables politiques pourront s’interroger sur les causes de ces violences et proposer des solutions. J’ose croire que les réductions d’effectifs au sein des forces de police seront remises en question. Ces hommes l’ont mérité par le courage et la détermination dont ils ont fait preuve au cours des dernières nuits et certainement des prochaines. Aujourd’hui, c’est d’une décision ferme de la part du Premier ministre dont nous avons besoin. Les violences et les troubles d’une telle ampleur sont une catastrophe pour le pays à presque tous les niveaux. Les images que j’ai vues à la télévision il y a quelques heures m’ont donné l’impression d’assister à l’effondrement de la civilisation occidentale tel que nous le dépeignent d’innombrables films catastrophes de Hollywood. Nous devons rétablir l’Etat de droit par tous les moyens possibles et nous devons le faire tout de suite.

London’s burning - The Clash

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Published online by Thomas T.
 9/08/2011

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