L’implication de l’état français dans le génocide des Tutsi
Attentat contre Juvénal Habyarimana

« Gendarmes tués au Rwanda, un secret français » titre la « Une » de Libération, signalant dans ce numéro un dossier « Exclusif » réalisé par Maria Malagardis sur « la mort inexpliquée de deux militaires et de l’épouse de l’un d’eux, à Kigali en avril 1994 » et qui « laisse planer de nouveaux soupçons sur le rôle de la France à l’époque où le Rwanda a basculé dans le génocide ».

« Ces deux gendarmes, chargés des transmissions radio entre l’ambassade de France et l’armée rwandaise, ont-ils écouté des conversations qu’ils n’auraient jamais dû entendre et qui concernaient l’attentat déclencheur du génocide ? » s’interroge Sylvain Bourmeau, dans Libération (10 janvier 2013).

Un « secret français » selon le journal Libération mais sur lequel les lecteurs de la revue La Nuit rwandaise s’interrogent depuis bientôt cinq ans, depuis l’article qui y aura été consacré en avril 2008 par Jacques Morel.

Si on ne peut que se féliciter de lire dans Libération un tel dossier revenant sur le rôle joué par la France au Rwanda, nous ne pouvons nous empêcher de rappeler aux médias hexagonaux que de nombreux autres « secrets » sur l’engagement français avant et pendant le génocide des Tutsi sont disponibles dans la revue La Nuit rwandaise, tout comme dans les nombreuses publications sérieuses disponibles sur le sujet : ces éléments resteront des « secrets » - pour le grand public tout du moins - tant que les journaux français n’auront pas le courage d’aborder sérieusement cette question fondamentale qu’est la participation française - militaire, diplomatique, financière - dans l’extremination programmée d’enfants, de femmes et d’hommes, coupables d’être catégorisés comme « Tutsi »...

"Pour les proches de ces trois Français assassinés à Kigali en avril 1994, quelques jours après l’attentat contre l’avion du président rwandais Juvénal Habyarimana - deux gendarmes et la femme de l’un d’eux -, la question ne se pose évidemment pas de cette sinistre manière.

Du point de vue de la vérité historique, il y a également fort à parier que ces trois morts, de nationalité française, occupent une place très singulière. Et que, près de vingt ans plus tard, ils pointent le doigt, de façon inédite, vers notre capitale.

C’est en tout cas ce que semble penser le juge Marc Trévidic, qui a su relancer une véritable enquête, et auquel un médecin militaire a confié que son identité avait été usurpée sur le certificat de décès d’au moins une des trois victimes.

Ce faux grossier et la pression des autorités françaises sur des familles sommées à l’époque de renoncer à toute demande d’explication oblige désormais à s’interroger autrement sur les motifs et les circonstances de ces assassinats. Ces deux gendarmes, chargés des transmissions radio entre l’ambassade de France et l’armée rwandaise, ont-ils écouté des conversations qu’ils n’auraient jamais dû entendre et qui concernaient l’attentat déclencheur du génocide ?

Après tant d’années perdues par le juge Bruguière, la justice est peut-être enfin en mesure de répondre un jour prochain à ces questions. Et, du même coup, de préciser l’implication et donc la responsabilité de notre pays dans la tragédie rwandaise."

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Libération - 10 janvier 2013

Ainsi, près de vingt ans après les faits, un grand média hexagonal se penche sur l’assassinat de trois français - dont deux militaires - à Kigali, au Rwanda, à proximité de l’aéroport où surviendra l’attentat donnant le signal du début du génocide, en 1994.

« Ont-ils écouté des conversations qu’ils n’auraient jamais dû entendre et qui concernaient l’attentat déclencheur du génocide ? »

Sylvain Bourmeau reprend donc - avec une dizaine d’années de retard - les interrogations de Vénuste Kayimahe, qui, sur ces deux militaires français assassinés à Kigali, interrogeait ainsi les lecteurs de son livre témoignage, France-Rwanda : Les coulisses du génocide : « Ces barbouzes de l’information, agents chargés de collecter et d’interpréter les messages hertziens au bénéfice des armées rwandaise et française, avaient-ils réussi à capter quelque chose de compromettant pour la France ou la Garde Présidentielle ? »

Jacques Morel, dans la revue La Nuit rwandaise (numéro 2) aura également consacré en 2008 un long article très documenté sur la mort de ces deux gendarmes français et de l’épouse de l’un deux.

Cet article et les documents qui y sont associés sont disponibles sur le site de la revue : L’assassinat des gendarmes Didot et Maïer, et de l’épouse de Didot.

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Certificat du genre de mort de Jean Maïer
Certificat du genre de mort de Jean Maïer - Source : Comité du 22 avril 1988 à la mémoire des gendarmes d’Ouvéa. [publié par La Nuit rwandaise en 2008, puis par Libération le 10 janvier 2013.

Rappels

L’assassinat des adjudant-chefs de gendarmerie Didot et Maïer, et de l’épouse de Didot, au début du génocide des Tutsi au Rwanda reste non élucidé. Officiellement ils ont été assassinés le 8 avril 1994 dans l’après-midi et l’ambassadeur Marlaud accuse le FPR. D’autres sources, dont le rapport de l’attaché de défense, affirment que les Didot ont été tués le 7 avril.

Mais deux certificats médicaux envoyés par les autorités à sa famille datent la mort de Maïer au 6 avril vers 21 heures et le couple Didot aurait été tué également dans les heures qui ont suivi l’attentat.

Ce triple assassinat n’a donné lieu à aucune instruction judiciaire, contrairement à l’attentat contre l’avion du président Habyarimana, le 6 avril à 20h 30 qui a coûté la vie à trois Français. Tant de contradictions font question et il est probable que les autorités françaises cachent la vraie raison de la mort de ces deux gendarmes et de l’épouse de l’un d’eux.

Celle-ci est-elle liée à l’attentat contre l’avion du Président rwandais ?

Jacques Morel, La Nuit rwandaise n°2, avril 2008


Vénuste Kayimahe [1] affirme que les autorités françaises ont d’abord dit
que les Didot et Maïer étaient décédés de mort naturelle le 6 avril :

– Pourquoi la France a-t-elle essayé de rejeter sur le FPR l’assassinat de ses
spécialistes des écoutes et des communications, après avoir prétendu que
les adjudants-chefs Didot et René Maïer, ainsi que l’épouse du premier,
étaient décédés de mort naturelle, le 6 avril 1994, et après que la directrice
du Centre culturel français, l’un des principaux défenseurs de l’intervention
française et incontournable conseiller de l’ambassade de France au
Rwanda en matière de sécurité, m’eut annoncé, le 8 avril, leur assassinat
par la Garde présidentielle ? Assassinat confirmé par une rescapée,
employée des services de l’ambassade de France, qui s’était réfugiée chez
les Didot, d’où elle parvint à s’échapper au moment où le couple se faisait
abattre.

– Ces barbouzes de l’information, agents chargés de collecter et d’interpréter
les messages hertziens au bénéfice des armées rwandaise et française,
avaient-ils réussi à capter quelque chose de compromettant pour la France
ou la Garde Présidentielle ?

Vénuste Kayimahe, France-Rwanda : Les coulisses du génocide, Dagorno, 2002.


Plus d’information :

• Vénuste Kayimahe, France-Rwanda : Les coulisses du génocide, Dagorno, 2002.

La Nuit rwandaise, n°2 (ainsi que tous les numéros de la revue) - http://www.lanuitrwandaise.org/revue/-no2-o-2008-.html

• Jacques Morel, La France au coeur du génocide des Tutsi - http://www.izuba.info/francegenocide


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Mis en ligne par :   Bruno Gouteux

[1Vénuste Kayimahe. France-Rwanda : Les coulisses du génocide. Dagorno, 2002 (page 165).

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Certificat du genre de mort de Jean Maïer
Libération - 10 janvier 2013

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