Hausse des prix du carburant au Cameroun

RACE - 18/06/2013
Image:Hausse des prix du carburant au Cameroun

Une offensive funeste des institutions de Bretton-Woods
L’accès à l’énergie est un droit essentiel et inaliénable !

Comme l’année dernière à la même période, le débat sur la levée ou non des subventions publiques sur les produits pétroliers au Cameroun revient à grands pas aux devants de l’actualité nationale.

En effet, à l’occasion de sa dernière mission statutaire effectuée le mois dernier, le FMI a à nouveau préconisé, cette fois avec une fermeté inhabituelle, l’arrêt du soutien financier de l’État sur les prix du carburant à la pompe.

Sur la base de pseudo-analyses d’experts aux ordres, n’hésitant pas à falsifier la réalité socio-économique de notre pays, la Banque mondiale et le FMI brûlent d’impatience de voir appliquer impérativement cette mesure.

Lorsqu’on sait à quel point la question de ces subventions cristallise les passions à tous les niveaux de la société camerounaise depuis les émeutes sanglantes de février 2008 et qu’il est plus que certain qu’un nouveau soulèvement populaire est inévitable en cas de hausse des prix du carburant à la ! pompe, inutile de continuer à s’interroger sur les véritables intentions de ces deux bailleurs de fonds à l’égard de notre pays.

Non contents de nous avoir enfoncé dans la spirale infernale de l’endettement sans fin et réduit des millions de consommateurs à l’extrême misère, à travers des décennies de plans d’ajustements structurels criminels, l’obstination du FMI et de la Banque mondiale à faire adopter au plus vite une telle mesure perfide trahit la volonté de ces deux institutions de précipiter le Cameroun dans un chaos social d’une plus grande ampleur, en vue d’accélérer le processus de soumission de notre économie à la Finance internationale.

Par ailleurs, ce regain de provocation à l’encontre des consommateurs intervient précisément au moment où, dans son dernier rapport publié le 15 mai 2013, l’ONG américaine Revenue Watch International (RWI) pourfend, chiffres à l’appui, la gouvernance des ressources énergétiques au Cameroun. Ce rapport qui pointe nommément ! du doigt la SNH (Société nationale des hydrocarbures) pour sa ! gestion opaque des revenus du pétrole, est formel et sans équivoque : « ... seule une partie des recettes pétrolières du Cameroun parvient au Trésor public... ».

Les conclusions de cette ONG rejoignent celles de l’ITIE (Initiative pour la transparence des industries extractives), qui avait pour la Nième fois l’année dernière et pour des raisons similaires, rejeté la candidature du Cameroun à siéger en son sein. Mieux, elles confirment les allégations de concussion et de corruption à grande échelle ayant cours dans l’administration en charge du secteur pétrolier, dénoncées depuis de nombreuses années par la société civile camerounaise.

Dès lors, il n’est pas difficile de comprendre la réaction étonnamment timorée et ambigüe du gouvernement devant cette offensive funeste des institutions de Bretton-Woods sur un sujet qui relève de la souveraineté nationale et met potentiellement en péril la paix sociale.

Pourtant, il y a quelques années, on s ! e souvient que ce même gouvernement avait su sèchement dire NON au FMI, alors opposé à l’achat de l’avion présidentiel « Albatros », acheté avec l’argent du pétrole et devenu depuis, l’un des plus gros scandales de corruption impliquant de hauts dignitaires du régime.
Aujourd’hui, comme presque chaque fois qu’il faut agir pour la sauvegarde des intérêts fondamentaux des consommateurs et du pays, il est curieusement moins disert, préférant afficher une apathie volontaire qui dissimule mal son consentement et sa complicité.

En tout cas, en réponse à ces nouveaux signaux inquiétants, le « Front citoyen de refus » réuni autour du Réseau Associatif des Consommateurs de l’Energie en Juillet/Août 2012 s’est remis en branle pour préparer et organiser la résistance, plus déterminé que jamais à faire barrage coûte que coûte à cette imposture.

Tant qu’ils n’obtiendront pas des pouvoirs publics qu’un lien direct soit établi entre la gestion des énormes revenus du pétrole et le débat sur les tarifs du carburant, les organisations de défense des consommateurs et les syndicats restent vent debout contre cette mesure.

Avec notre revendication d’une réforme radicale de la fiscalité pétrolière aval, notamment par la suppression ! de toutes les taxes superflues qui plombent le prix du litre de carburant, cette exigence de transparence sur ce que rapporte le pétrole au pays est l’un des préalables non négociables avant tout compromis avec la société civile.

Comme nous l’avions vertement rappelé l’année dernière lors de notre campagne contre ce projet, le gouvernement et ses alliés financiers extérieurs jouent avec le feu.
Au-delà des consommateurs d’énergie, la moindre augmentation des prix du carburant à la pompe sera l’étincelle qui fera flamber les braises ardentes d’une révolte populaire qui couve.

S’adressant une nouvelle fois au gouvernement à qui incombe en fin de compte la responsabilité de prendre ou non cette décision folle, nous disons dans un anglicisme bien de chez nous : « NO MAKE ERREUR ! »./.

L’accès à l’énergie est un droit essentiel et inaliénable !

Fait à Douala, 07 Juin 2013

Par le Bureau Exécutif du RACE

Florence Aimée TITCHO, Vice Présidente

Jean Baudelaire BELENGUE, Secrétaire Général Adjoint

Moise DIBANGO, Membre

Aniel HIACK-NGOG, Membre

RACE | Réseau Associatif des Consommateurs de l’Energie

« L’accès à l’énergie est un droit essentiel et inaliénable ! »

Le Réseau Associatif des Consommateurs de l’Energie (RACE) est un collectif d’associations et de particuliers ayant en commun l’intérêt pour la question de l’accès de chaque citoyen camerounais à toutes les formes d’énergies essentielles. Nos préoccupations se portent également sur la gestion des ressources énergétiques fossiles et la protection de l’environnement du Cameroun et de la sous-région Afrique Centrale.

Créé en juin 2006, le RACE est une organisation à but non lucratif vouée à la défense des droits et à la protection des intérêts économiques et sociaux des consommateurs de l’énergie.

 18/06/2013

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