Manifestations dans 50 villes espagnoles

Espagne : le Mouvement du 15 mai campe sur la place de la Puerta del Sol à Madrid

Le mouvement du 15-M (15 mai)

Depuis dimanche dernier, un mouvement de protestation contre la politique du gouvernement et la crise financière, qui prend chaque jour une dimension plus importante, fait frémir l’Espagne.

Le mouvement du 15-M (15 mai) a organisé des manifestations dans 50 villes espagnoles.

A Madrid, des milliers de personnes se sont réunies pour défiler. Arrivée à la Puerta del Sol, la place principale de la ville, elles ont été délogées par la police. Cette démonstration de force des autorités n’a fait que conforter les manifestants dans leurs propos : la dénonciation d’un gouvernement qui refuse de les écouter, le ras-le-bol généralisé face à des politiques qui ne répondent pas aux problèmes de la population.

Le soir-même ils sont donc revenus sur la place de la Puerta del Sol, encore plus nombreux et avec de quoi dormir. Depuis, Sol est devenu un forum, un lieu d’expérimentation démocratique et aussi un lieu de vie pour certains. Le mouvement, lancé par l’association née il y a quelques mois Democracia real ya ! (Une vraie démocratie, maintenant !) et auquel se sont jointes de nombreuses micro-associations dont Joventud sin futuro (Jeunesse sans avenir, dont le slogan « Sans logement, sans boulot, sans retraite, sans peur » est évocateur) est maintenant aux mains des citoyens réunis à Sol.

Ceux-ci ne veulent en effet être associés à aucun parti politique (contre lesquels ils manifestent) ni syndicat. Jusqu’à maintenant, aucune sorte de violence n’a fait intrusion dans les manifestations, que ce soit à Madrid, Malaga, Valence, Saint-Jacques de Compostelle, Barcelone ou encore Mallorque. Mardi, à Madrid, le rassemblement avait même pris un air festif grâce à quelques concerts improvisés. Les occupants de la Puerta del Sol comptent tenir la place jusqu’à dimanche, jour des élections municipales.

La mairie de Madrid a d’ailleurs adopté une résolution afin d’interdire la manifestation et y a opposé son véto pour raisons électorales, invoquant le fait qu’elle pourrait influer sur le droit des citoyens à choisir librement de leur vote. De fait, le sentiment qu’aller voter à la fin de la semaine ne servirait à rien est de plus en plus répandu.

Le slogan « Ni PP, ni PSOE, ni CIU. » du collectif No les votes semble avoir un impact important et laisse présager une abstention énorme dimanche prochain. Les-dits citoyens ont répondu à cette interdiction par l’article 21.1 de la Constitution espagnole qui stipule que « Le droit de réunion pacifique et sans armes est reconnu. L’exercice de ce droit ne sera pas soumis à une autorisation préalable. » L’interdiction prononcée n’a cependant pas eu d’effets immédiats : la place est toujours remplie de manifestants et entourée d’un dispositif policier conséquent.

D’un côté, cet événement est réellement impressionnant, du fait de son ampleur, de sa durée et surtout de son calme. Il est clairement préparé et organisé sur le modèle des révolutions arabes (bien entendu, pas avec les mêmes enjeux), et avant cela des manifestations étudiantes grecques d’il y a trois ans. Depuis cinq jours, les protestataires se relaient nuit et jour, assurant une veille permanente et permettant aux étudiants d’aller à l’université et aux salariés de se rendre à leur travail sans pour autant perdre le fil de la contestation.

Cette capacité d’organisation et de solidarité, illustré par le mot d’ordre la foule : « Indignados y organizados », est exemplaire. Dès dimanche soir, un service de restauration gratuite, alimenté par les dons des habitants de la ville, s’est mis en place. De même, des comités ont été instaurés : alimentation, communication, logistique/nettoyage, action afin de structurer le mouvement et d’éviter les débordements.

Les manifestants ont réussi à créer un mouvement de masse sans aucun blocage (en évitant donc de se mettre à dos la population), massif, visible et médiatique donc efficace dans la perspective de se faire entendre par le public et les politiques. L’autre point admirable est le calme de la police. Certes, plus de 500 policiers sont mobilisés dans le centre ville. Mais en France, je suis à peu près sûre que les attirails anti-émeutes et les lacrymos auraient pollué le paysage depuis longtemps. En fait, je suis persuadée qu’un mouvement pareil n’aurait pas pu éclore.

Mais dans une certaine mesure, ce phénomène est également inquiétant. Il s’agit en effet d’un rassemblement de personnes qui se sentent totalement mises hors du système politique actuel et qui préfèrent s’organiser seules (certes très bien mais en-dehors de tout cadre institutionnel de la société).

Le fait qu’elles ne se reconnaissent dans aucune formation politique ou syndicale est un signal fort de la difficulté qui attend les responsables espagnols et de l’incapacité des institutions à répondre aux problèmes de la population.

Et du point de vue français, ce n’est pas vraiment encourageant lorsqu’on sait qu’ici la gauche est au pouvoir depuis sept ans et que la situation sociale est la même, voire pire à certains égards, qu’en France (44,6% de chômage chez les 20-25 ans en février).

Dans la manifestation actuelle, une forte majorité de « ni-ni » est représentée. Ni PSOE (équivalent PS) ni PP (équivalent UMP). Mais aussi « ni étudiant, ni salarié ». Dans la foule on trouve aussi bien des étudiants d’une vingtaine d’années, que des jeunes diplômés au chômage, ou encore des cinquantenaires en situation précaire. Toute une population qui revendique le droit à une vraie démocratie tout en rejetant les institutions démocratiques en place.

Il ne reste plus qu’à attendre dimanche et voir les résultats des élections. Et après ça, comment la situation va évoluer...

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Mis en ligne par La rédaction
 21/05/2011

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