Fracture et souffle de vie : Chroniques d’un combat contre l’injustice et la pauvreté

Bruno Gouteux - 8/05/2012
Image:Fracture et souffle de vie : Chroniques d'un combat contre l'injustice et la pauvreté

Algérie, Sénégal, Bénin, Rwanda...
Un livre témoignage de Marguerite Carbonare

Le livre, autobiographique, a comme point de départ la fracture d’un bras qui amène l’auteur à découvrir une fracture plus profonde : celle de son couple, onde de choc de la grande fracture du génocide rwandais.

Ce sont des chroniques personnelles qui interrogent : comment vivre à côté d’un mari qui veut changer le monde en se battant contre de nombreux obstacles ? Comment accepter qu’il y a un prix à payer soi-même, mais aussi un prix que l’on fait payer à d’autres ?

Des chroniques qui décrivent un même combat contre l’injustice et la pauvreté, son mari avec les paysans africains, et elle avec ses élèves. Des combats personnels mais qui rejoignent les grands combats de notre époque.

Des fractures, mais aussi les moments bénis où le « ciel » se dégage pour donner un coup au destin. Des chroniques enfin qui révèlent des pays comme l’Algérie, le Sénégal, le Bénin, le Rwanda, pleins de potentialités et de richesses.

C’est donc une histoire personnelle qui s’inscrit dans la grande Histoire des fractures de notre époque, celles de la décolonisation, de la guerre d’Algérie et du génocide rwandais de 1994.

Des fractures, mais un souffle de vie qui permet d’espérer.

Extraits

1 - « Et pourtant quand il arrive à minuit passé, je suis heureuse de le retrouver, rassurée d’avoir mon homme près de moi. « Il faudra qu’on se parle tranquillement » ai-je dit. Et lui, tout aux événements qu’il vient de vivre durant les dernières semaines écoulées au Rwanda, parle d’Aniésie qu’il n’a pas reconnue tant elle a maigri, du père de l’aide de camp du pré- sident Bizimungu, qui a vu ses petits-enfants tués sous ses yeux. « On ne vous tue pas, ont dit les miliciens, mais toute votre vie vous aurez devant les yeux le massacre de votre famille ». Il parle aussi de ce jeune bourgmestre de Runda, si émouvant, quand il a dit : « Ces tas de briques, ce sont les restes de la maison de ma mère. Je ne vous dis pas où elle est maintenant.

Mais l’essentiel, aujourd’hui, c’est que vous soyez là ». Il raconte aussi ces femmes et ces enfants sous la pluie, les pieds dans la boue. Et tout à coup, en l’entendant, j’ai l’impression qu’il expose tous ces malheurs pour me presser de repartir le plus vite possible avec lui, afin de porter secours à tous ces démunis. Et moi, je résiste, je réclame six petits jours supplémentaires de vie de couple tranquille dans notre maison. Comme si j’avais déjà donné suffisamment, je veux que notre couple vive enfin un peu égoïstement. Et peu m’importent maintenant la faim, le froid des autres. Toujours il a fallu sacrifier notre vie de famille à « une bonne cause ». D’abord l’indépendance de l’Algérie, quand nous étions jeunes mariés. Que de fois Jean a-t-il fait la navette entre Paris et Tunis, entre 1959 et 1961, alors que notre premier-né venait de naître... »

2 - « Parmi les grands moments surgissent aussi dans ma mémoire Bouhamama et Souk-el-Ténine. Nous avons fait, dans chacun de ces lieux, une excursion à chaque fois mémorable, quatre-vingts élèves réparties en deux cars. La plupart, citadines, découvrent en 1964, pour la première fois, parmi les lieux les plus enchanteurs de leur pays : le Chélia, fleuron des Aurès, avec ses 2.807 mètres, recouvert de cèdres majestueux dont certains ont sans doute pris racine en même temps que les conquérants romains. Elles découvrent Souk-el-Ténine, près de Bougie, avec ses fonds marins si transparents couleur turquoise, où viennent tremper les pieds de la montagne qui surplombe les plages immaculées de sable fin. Aucun touriste, à l’époque, ne vient troubler ces lieux « des premiers jours ».

Certes, la guerre a passé dans les Aurès, comme en témoignent les ruines de quelque fort abandonné sur un piton, ou la surface pelée d’un mamelon passé au napalm, ou encore un enclos de barbelés insolites, témoins d’une page qu’ont tournée nos élèves, pour la plupart encore très jeunes pendant la guerre. Elles sont là, dans le froid vif de l’altitude, le regard tourné vers les larges horizons du Sud dans la brume et vers leur avenir plein de promesses. »

Née en 1936 dans une famille protestante, Marguerite Carbonare poursuit des études de lettres classiques à Besançon et Grenoble, et part avec son mari, Jean Carbonare, en Algérie où elle sera professeur de français de 1961 à 1975, puis au Sénégal de 1975 à 1987.

Elle enseignera bénévolement quelques mois au lycée de Kigali après le génocide. Tout au long de ces années africaines, elle accompagne son mari dans des combats exaltants, mais parfois difficiles, contre la pauvreté et pour la justice. Elle vit actuellement à Dieulefit dans la Drôme.


ISBN : 978-2-296-56848-8 • avril 2012 • 206 pages

Prix éditeur : 19,00 €

Version numérique : 15, 00 €

Bruno
(Izuba éditions, La Nuit rwandaise, Inter-Culturel)

 8/05/2012

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