Cameroun : Mensonges et vérités sur la fraude électrique

RACE - 22/03/2011
Image:Cameroun : Mensonges et vérités sur la fraude électrique

« parfaitement inadmissible et profondément injuste »
Dégradation poussée de la qualité du service de l’électricité

Depuis quelques semaines, des « brigades antifraude » mises sur pied par l’opérateur AES/SONEL mènent des actions musclées dans plusieurs quartiers des villes de Douala et Yaoundé, engagées dans une nouvelle campagne contre les branchements électriques illégaux.

AES/SONEL justifie cette nouvelle croisade contre la fraude électrique par l’énorme manque à gagner qu’il subirait et pointe du doigt l’incivisme auquel se livrent certains consommateurs indélicats.

Si nous convenons qu’il est normal et même loisible de lutter contre ce fléau persistant et dangereux pour les consommateurs qui s’y adonnent, nous récusons en revanche l’argument économique brandit par AES/SONEL pour justifier « sa guerre » contre les pratiques malveillantes perpétrées par quelques usagers d’électricité.

Et pour cause, une analyse de la structure du tarif de l’électricité en vigueur au Cameroun révèle que, depuis la modification de la grille tarifaire décidée par le régulateur (ARSEL) en Mai 2008, l’opérateur AES/SONEL ne perd pas le moindre sou qu’il investit dans le secteur, tout au contraire.

En effet, depuis cette décision du régulateur, qui demeure d’ailleurs sujet à caution, le paramètre « fraude » a été entièrement intégré dans le prix du kWh qui est facturé au consommateur ; elle est associée à une composante du tarif d’électricité pudiquement dénommée « pertes non techniques » ou encore « pertes commerciales ». Ce segment du tarif inclut également la mauvaise gestion clientèle ; les 2 rubriques formant un ensemble qui représente à peu près 10% du tarif de l’électricité que nous payons.

En somme, non seulement AES/SONEL fait payer aux consommateurs honnêtes et à ses abonnés réguliers l’indélicatesse de quelques usagers, mais nous payons également pour les défaillances professionnels de son personnel chargé de la clientèle.

Ce qui est parfaitement inadmissible et profondément injuste ; d’autant plus que les présumés fraudeurs et les auteurs de fraude avérée bénéficient très souvent de la bienveillance et de la complicité de certains agents salariés ou sous-traitants de cette entreprise.

Au lieu de s’ériger en victime en évoquant comme argument massue l’utilité économique de la lutte contre la soustraction frauduleuse de l’énergie électrique, il serait plus honnête que l’opérateur AES/SONEL divulgue ces vérités aux usagers intègres, qui continuent, malgré la cherté du kWh et toutes sortes de désagréments, à régler assidument chaque mois leur facture d’électricité.

Pour parvenir à un tarif plus juste, le RACE demande à AES/SONEL et à l’ARSEL - Autorité fixatrice des prix de l’électricité au Cameroun - de procéder au plus vite à une révision de la structure du tarif d’électricité, en supprimant la composante dite « pertes commerciales ». Le maintien de ce segment du tarif constitue une véritable escroquerie opérée sur les consommateurs.

Nous exigeons par ailleurs que l’argent récupéré lors de ces campagnes, soit intégralement reversé au Trésor public ou dans le Fonds de développement du secteur de l’électricité au profit des consommateurs.

Lorsqu’on sait du reste que cette nouvelle croisade « antifraude » de l’opérateur AES/SONEL intervient au moment où on assiste à une dégradation poussée de la qualité du service de l’électricité - avec notamment le retour des délestages dans plusieurs localités du pays, nous mettons en garde contre l’exaspération qu’elle pourrait susciter chez les consommateurs.

Pour éradiquer le phénomène de fraude électrique, il faut que l’Etat et son « partenaire stratégique », l’opérateur AES/SONEL, conformément aux dispositions du Contrat de concession du 18 juillet 2001 et du Règlement du service, créent les conditions idoines pour un accès équitable à l’électricité.

Pour nous, la recrudescence des actes de soustraction frauduleuse de l’énergie électrique est la conséquence directe du dysfonctionnement du secteur, de la cherté du kWh, des difficultés d’accès à l’électricité et plus généralement, de la violation par l’opérateur AES/SONEL de ses engagements contractuels et du cadre règlementaire régissant le secteur de l’électricité.

Par conséquent, nous refusons la stigmatisation des usagers de l’électricité et appelons à un débat franc sur les causes réelles de l’incivisme électrique au Cameroun.

L’accès à l’énergie est un droit essentiel et inaliénable !

Fait à Douala, le 19 mars 2011

Pour le Bureau exécutif du RACE

Paul Gérémie BIKIDIK, Président
J.B. BELENGUE, Sec.Gén. Adjoint
Pierre JEANVELA, Mbre du Bureau

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Illustration : Poteau électrique près d’une ligne de chemin de fer en Pologne, Clicgauche, licence Creative Commons.

RACE | Réseau Associatif des Consommateurs de l’Energie

« L’accès à l’énergie est un droit essentiel et inaliénable ! »

Le Réseau Associatif des Consommateurs de l’Energie (RACE) est un collectif d’associations et de particuliers ayant en commun l’intérêt pour la question de l’accès de chaque citoyen camerounais à toutes les formes d’énergies essentielles. Nos préoccupations se portent également sur la gestion des ressources énergétiques fossiles et la protection de l’environnement du Cameroun et de la sous-région Afrique Centrale.

Créé en juin 2006, le RACE est une organisation à but non lucratif vouée à la défense des droits et à la protection des intérêts économiques et sociaux des consommateurs de l’énergie.

 22/03/2011

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