André Girod : le « Mad in France »

Abdelali Najah - 4/09/2014
Image:André Girod : le « Mad in France »

« Le redressement productif ne peut se faire... »
Quand le « Made in France » devient le « Mad in France »

En ce temps de crise en Europe et surtout en France, le nouveau livre de l’écrivain André Girod apporte une lumière particulière sur les raisons de cette situation difficile.

Son livre a été contesté par le pouvoir en place et l’ancienne Ministre du Commerce Extérieure, Nicole Brisc, sur conseil du Président Hollande, a répondu à l’auteur.

Le titre est significatif : « Quand le Made in France devient le Mad in France » (Société des écrivains, 2012). Il suffit de retirer le « e » comme entreprise de « Made » (fabriqué) pour avoir « Mad » (colère).

L’auteur qui a vécu plus de trente ans hors de France (Australie, Etats-Unis, Amérique du Sud) s’est placé comme un expatrié français qui s’installe à l’étranger. Son premier souci est de se loger, d’acheter un véhicule, d’équiper sa maison.

Or, il veut que cet ’expât’ garde, comme le soulignent de nombreux membres du gouvernement actuel (Montebourg, Vals, Hollande), la fibre patriotique et qu’il achète « Made in France ». Mais dés les premières heures de ses recherches, notre brave Français s’aperçoit que trouver et acheter « Made in France » s’avère être un véritable parcours du combattant.

A commencer par la voiture ! Dans son chapitre « Renault et Volkswagen », André Girod montre qu’il est impossible d’acheter une voiture française aux Etats-Unis. En 2011, il s’est vendu 324 000 VW, 168 000 Hyundai mais aucune Renault puisqu’il n’existe aucun concessionnaire Renault en Amérique.

L’auteur raconte alors l’implantation désastreuse de Renault aux Etats-Unis en rachetant AMC, le canard boiteux de l’industrie automobile américaine. Un investissement colossal qui se termine par un dépôt de bilan catastrophique quatre ans plus tard. Il habitait près de la ville où s’était implanté Renault, Kenosha dans le Wisconsin.

On comprend facilement cet échec !

Notre Français doit alors acheter japonais, allemand, coréen. Il passe ensuit à l’équipement électronique : télévision, ordinateur, console de jeux. Le résultat est sans surprise : aucun de ces produits n’est fabriqué en France. Puis, on passe à l’électroménager : frigos, machines à laver. Rien ne vient de France. Enfin, les meubles et le textile : à part des produits de luxe et très chers, rien pour le courant.

Pourquoi ? se demande l’auteur.

Il va alors remonter jusqu’en 1945 quand l’Allemagne et la France se trouvaient dans le même marasme : destruction des infrastructures, des usines. Arrive le plan Marshall qui doit aider à la reconstruction de l’Europe. Une somme équivalente est accordée aux deux pays.

Qu’en fait la France ? Guerres colonialistes Indochine et Algérie, programme de la bombe nucléaire, armement en tous genres (avions, chars, sous-marins nucléaires, porte avions).

Et l’Allemagne privée de toute recherche atomique et de constructions militaires ? Elle n’a pas de colonies à reconquérir. Alors, elle se lance tout azimut dans le civil, l’électro ménager, les engins de travaux publics, les motos, l’électronique et les biens de consommation. La différence est éclatante : en balance commerciale l’Allemagne est excédentaire, la France déficitaire. Plus facile de vendre du matériel Travaux publics que de vendre un avion de guerre Rafale !

L’auteur donne l’exemple au Japon de Kawasaki, le fabricant de motos. Avant la guerre, Kawasaki construisait des porte avions dont l’un a été utilisé à Pearl Harbor. Après la guerre, Kawasaki se reconvertit dans les motos et d’autres domaines industriels. Terrot le motocycliste français disparaît comme de nombreuses industries de biens de consommation.

Alors, les discours de Montebourg sonnent creux : le redressement productif ne peut se faire car il n’y a plus d’industrie de base. Il faudrait repartir de zéro, ce qui est mission impossible maintenant pour la France.

La France ne peut pas combler ce retard.

Livre à lire absolument pour comprendre la crise industrielle et économique en France.

André Girod

Né à Marrakech, étudiant à Paris, André Girod est devenu professeur. Il assura pendant plus de trente-cinq ans l’enseignement du français à l’étranger. À ses moments perdus, il est peintre, mosaïste et s’occupe d’un centre culturel au sud du Luberon. Sa curiosité l’a fait toucher à tout.

Illustration : Lettre de la Ministre du Commerce Extérieure, Nicole Brisc.

Écrivain et Journaliste.

Je suis marocain. J’ai fait des études en sociologie au Maroc (Université Mohamed 5) et en France (Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis).

 4/09/2014

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